J'ai du mal à me séparer
des vieilles choses

ma vieille sacoche
Qu’est ce que tu fais encore avec ce vieux truc sur l’épaule ?
Une fois de plus, je me fais incendier par Anne Marie parce que je transporte à l’épaule ma vieille sacoche Chapak de guidon pour aller visiter le monastère bouddhique de Gandanteg-chinlen Khiid. Ce n’est pas qu’elle est soit très esthétique mais dedans il y a quelques bricoles que j'emporte toujours avec moi. Evidemment, j’ai une couverture de survie qui peut servir du cap Nord au fin fond du Désert de Gobi en cas d’incident. Si le problème se prolonge, je dispose d’un couteau et d’un décapsuleur très utile pour ouvrir les bières fraîches dans les gargotes chinoises, d’un ouvre boîte pour la boîte de "singe", bouée de sauvetage culinaire du cyclo-randonneur, de couverts plastique, si l’hygiène locale laisse à désirer, plus de quelques baguettes pour faire "indigène" au restaurant. Je ne crains pas non plus d’affronter les tempêtes de sable les plus extrêmes avec nos masques anti-poussières et les foulards en coton pour nous protéger du vent, du froid voire du soleil. S’il me faut aller à la banque ou ailleurs dans le "monde", en fin de journée après avoir beaucoup transpiré, un petit carré de serviette éponge me permet, sur les conseils éclairés d’Anne  Marie de faire bonne figure et d’effacer les coulées de sueur qui zèbrent mon visage. Qu’un problème mécanique imprévu surgisse, la pelote de ficelle qui sert de fil à linge ou de fixation de sécurité des vélos durant la nuit sous la tente, quelques décimètres de fil de fer, le rouleau de chatterton (noir, rouge  et vert) sans compter les bandes Velcro, me permettent de pallier tout évènement. En parlant d’événement que l’on ne peut différer, le PQ trône (c’est le cas de le dire) en bonne place dans ma sacoche  accompagné de paquets de mouchoirs papier, plus toutes les serviettes papier des restaurant visités, très utiles pour nettoyer la chaîne. Pour ramener des souvenirs impérissables, pas de PB, l’appareil photo et la pellicule de secours (au cas où) me permettent de mitrailler (comme dit Anne Marie: « t’es pas souvent sur les photos »). Avec ma petite tête, je note tous les évènements de la journée sur le carnet qui me sert à reconstituer notre voyage, le soir sous la tente, avec la lampe de poche entre les dents, ou dans la chambre d’hôtel. Je range également la calculatrice et le bloc papier utilisés pour dialoguer avec les autochtones, au restaurant ou sur la route. En parlant de route, je me réfère à la carte qui se trouve en permanence sur le porte carte (une dessus, plus une dessous) sur lequel j’ai fixé une boussole au moyen de très pratiques pinces à linge indispensables pour accrocher mon cuissard le soir à l’étape. Ne pas perdre le nord, c’est une chose, mais savoir se situer sur une carte c'est mieux. J’ai donc un GPS qui ne me quitte plus avec les inévitables piles de secours.
Et puisqu’il ne faut pas voyager idiot, j’ai toujours dans ma sacoche le(s) guide(s) Lonely Planet du pays visité auquel je joins également un petit lexique français anglais très utile pour parler aux Hmongs du Haut Vietnam. J’ai d’ailleurs repéré les pages intéressantes avec des "Post It" et tous les passages  importants sont surlignés en fluo, le problème, c’est que tout est important… Avec l’âge et ma vue faiblissant, j’emmène une paire de lunettes de secours, sans compter les petites jumelles très utiles pour apercevoir au loin les uniformes des policiers chinois de la BSP qui guettent sournoisement les cyclos insouciants. Je suis également prêt à repousser toute attaque kamikaze de moustiques avec une lotion achetée à Hoi An dans l’Annam, je ne sais pas si elle est encore très efficace mais je suis un sentimental et je ne peux m’en séparer. Je peux même lutter contre les scorpions et autres bêtes venimeuses avec ma trousse anti-venin. Remplir nos bidons avec l’eau récupérée croupissant au fond du tonneau d’une yourte, ce n’est pas un souci avec les comprimés de Micropur, sans compter les pansements de toutes tailles et le collyre pour les yeux d’Anne Marie auxquels je tiens comme à la prunelle des miens. Tous les cyclistes qui ont souffert de problème de "selle" comprendront que j’ai toujours sous la main la pommade antiseptique à usage rapide, de même  que la crème solaire indice 45 (pour bébé) parce que j’ai la peau fragile. Qu’un couinement répétitif vienne exciter mes oreilles sensibles, et je le terrasse immédiatement avec la burette d’huile que j’ai toujours sur le côté à portée de main, évidemment au restaurant cela surprend, mais on ne sait jamais. Une fermeture éclair décide de me lâcher lâchement ?, je sors aussitôt du fond de ma sacoche une épingle à nourrice.
Finalement en y réfléchissant bien, je suis comme une assurance cyclopédalistique universelle, à couverture mondiale, efficace en toutes circonstances, et pas chère.
Tu veux pas que je prenne un peu ta sacoche ?
Ça y est, Anne Marie s’apitoie enfin sur mon sort, mais pourquoi elle ne la veut qu’"un peu " ma sacoche ?

Alain Barthel (et Anne Marie)

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